|
|
Fantaisies au Harem et nouvelles Schéhérazade
Schéhérazade
Entre 1704 et 1717 est publiée la première
version européenne des Mille et une nuits. Antoine Galland,
son traducteur, n'imaginait pas alors que son œuvre deviendrait
un jour le principal point de référence de l'Europe envers
l'Orient. Une fascination qui traverserait deux siècles et
donnerait lieu aux mouvements que l'on a appelés "orientalisme
et turquerie".
Cependant, dans sa traduction, Galland a
modifié une partie du contenu et du style des manuscrits perses,
en l'adaptant à l'esprit du XVIII° siècle. Schéhérazade,
la jeune Perse qui, dans la tradition orientale, symbolise
l'héroïne intellectuelle ayant su transformer les croyances,
les motivations et la psychologie de son époux jusqu'à lui
ôter l'envie et l'idée même de la tuer, se trouvait réduite
à une image superficielle et voluptueuse.
En Orient, par contre, il a fallu attendre
1804 pour que soit édité, pour la première fois, le texte
des Mille et une nuits en arabe. Durant les siècles de transmission
orale, Schéhérazade était devenue le modèle de la femme
qui luttait pour sa propre liberté, Jouir de sa liberté signifiait
s'opposer aux désirs d'être tuée par le roi. Les contes
parlaient tous du désir d'être libre : chacun d'entre
eux démontrait à quel point les femmes du harem sont incontrôlables
et mettait en évidence l'absurdité de l'obéissance féminine
dans une espace où l'on avait imposé l'inégalité sous le couvert
de la loi.
|
|
Dans l'exposition :
Cette
première section de l'exposition réunit
des exemplaires manuscrits et imprimés,
orientaux et occidentaux, de Mille et une nuits,
datant des XIII° au XX° siècles.
Parmi eux les célèbres versions
de Galland, Burton et Marcus.
On y trouve également les lettres de Lady
Mary Montagu, qui décrivent l'intérieur
du harem d'Istambul, ainsi que les récits
de voyages de Nicolay, Melling et
Guer.
|
|
|
Vision du harem
Deux traits caractérisaient les femmes créées
par l'imaginaire occidental autour du harem : la nudité
et le silence. Couchées, immobiles, tranquilles, elles se
présentaient comme des images vulnérables qui pouvaient être
modifiées selon les désirs de chaque observateur, sans pouvoir
jamais quitter la claustration de leur chambre, jusqu'à ce
que l'observateur décide de leur remettre leurs vêtements.
C'est ainsi que le harem s'est manifesté comme la projection
et le désir d'une sexualité absente du lieu depuis lequel
l'œuvre avait été créée.
Le harem oriental a bien été réel. Si l'on
songe au palais Topkapi, à Istanbul, il est encore possible
aujourd'hui de parcourir les salles qui ont abrité les favorites,
les eunuques, les odalisques...
L'homme musulman s'est servi de l'espace pour dominer la femme
et l'a exclue de la vie publique. En revanche, d'après le
regard occidental, le harem a seulement existé comme une fantaisie.
Dépourvu de réalité spatiale, il a été représenté temporellement,
dominant la femme et manipulant le temps et la lumière.
|
| Dans l'exposition :
L'itinéraire de la visite donne
lieu à un dialogue entre les miniatures orientales
et les peintures occidentales. Ainsi, à
une Scène de Harem de Monticelli
répond une miniature turque mettant en
scène une naissance au sein du sérail.
Plus loin, en regard du hammam représenté
par Gérôme, des femmes,
finement peintes sur des miniatures mogholes,
se coiffent et se maquillent. L'Orient et l'Occident
se répondent et rivalisent de grâce
pour comparer leurs idéaux et leurs voluptés
secrètes.
© Etude pour les
femmes d'Alger
Eugène Delacroix - 1832
Les odalisques passives et
anonymes de Boucher contrastent avec
les miniatures islamiques. Les Femmes
d'Alger de Delacroix et Picasso
s'opposent à l'intimité des scènes
d'amour des miniatures orientales.
|
|
|
Le dernier harem
Alors qu'en 1921 Matisse peint son Odalisque
à la culotte rouge, Kernal Atatürk promulgue le droit
de vote pour les femmes turques. A peine douze ans auparavant,
en 1909, les jeunes Turcs interdisaient le harem et le sultan
de Turquie se voyait obligé de libérer ses esclaves, devenues
ensuite citoyennes de la première République de l'histoire
de l'Islam. Le Code Civil turc, adopté en 1926, déclare illégale
la polygamie, autorise les deux époux à demander le divorce,
à parts égales, et leur confère les mêmes droits concernant
la garde des enfants. Ces mesures, principalement adoptées
dans le but de rompre définitivement avec la colonisation,
allaient avoir d'importants retentissements dans tout le monde
islamique, depuis le Maroc jusqu'au Pakistan.
|
| Dans l'exposition :
Le tableau Odalisque à
la culotte rouge (1921) de Henri Matisse
préside cette section. Face à lui,
la documentation écrite et graphique
sur les transformations du rôle de la femme
dans la Turquie du début du siècle :
depuis la fermeture du dernier harem à
Topkapi (1909) jusqu'aux portraits de la première
femme ayant exercé des fonctions publiques.
Jules Migonney - Le bain
maure
© Musée de Brou, Bourg-en-Bresse
La section se termine avec une
vaste série d'images évoquant la
présence du mythe érotique orientaliste
dans la photographie et le cinéma occidental.
|
|
|
Les nouvelles Schéhérazade
La section Les nouvelles Schéhérazade
explore les différentes formes par lesquelles les créatrices
orientales d'aujourd'hui enrichissent la société contemporaine
en utilisant un langage visuel personnel, tranchant radicalement
avec la vision traditionnelle des femmes du Proche-Orient
et d'Afrique du nord. Cette partie de l'exposition ne vise
pas uniquement à retourner le télescope, mais aussi à explorer
les contradictions et les paradoxes de nos sociétés et pose,
sous un nouveau jour, notre perception des "autres" et de
nous-mêmes en termes de genre, d'origine et de culture.
|
| Dans l'exposition :
Cette dernière section de l'exposition
est une sélection de peinture, de sculptures,
de dessins, de tapisseries, de photographies et
de montages audiovisuels des artistes contemporaines
Jananne Al-Ani, Ghada Amer, Samta
Benyahia, Shadi Ghadirian, Selma
Gürbüz, Susan Hefuna, Malekeh
Nayiny et Nadine Touma.
© Shadi Ghadirian -
Téhéran / courtesy of Rose Issa,
Londre
|
|
|
|
|