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"Dieux de Chine,
le panthéon populaire du Fujian de JJM de Groot"

Exposition présentée au Muséum
du 14 septembre 2004 au 8 février 2005, au Muséum

La rencontre entre Guimet et de Groot

A l'occasion du Congrès des Orientalistes à Leyde en 1883, Émile Guimet, directeur de musée passionné par les religions orientales, rencontre J.J.M. de Groot collectionneur hollandais expert en langue et civilisation chinoise s'adonnant à l'étude des cultes et des croyances populaires de la Chine.
De Groot profite de son deuxième voyage en Chine pour proposer à Émile Guimet de constituer une collection religieuse chinoise pour son musée. De Groot étant l'unique chercheur pouvant se flatter d'avoir une connaissance intime de l'iconographie des cultes et rituels régionaux liés à la religion populaire, il convainc aisément Guimet de saisir cette occasion unique.
C'est le point de départ de cette collection d'objets culturels conservés aujourd'hui au Muséum à Lyon.

L'exposition est complétée par le regard d'un photographe du Muséum, Patrick Ageneau, valorisant certains détails des statuettes.


Général de l'armée céleste - Détail -
Zhigui Daijang, Le Grand Général qui supprime les Démons.
© Muséum - Photo Patrick Ageneau

L'histoire et la constitution de la collection

J.J.M. de Groot est sans nul doute un parfait collectionneur car il cherche, trouve et acquiert des objets. Cependant, la valeur unique de sa collection tient justement au fait que ces objets n'ont pas été "collectés" à proprement parler. De Groot connaissait suffisamment la région, ses cultes et ses nombreux temples pour préférer une méthode plus efficace et plus satisfaisante sur le plan scientifique. Il se rend dans les ateliers des artisans et des "sculpteurs de divinités", qu'il connaît très bien, et commande les effigies des dieux.
 
 

 

La présentation de la collection et des trois grandes religions chinoises

On parle couramment des "trois religions", sanjiao, de la Chine : le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Le confucianisme, système moral et social, possède également des dimensions religieuses. Le taoïsme constitue un amalgame de traditions primitives magiques, chamaniques et de spéculations mystiques et philosophiques. Contrairement aux deux premières, le bouddhisme venu de l'Inde du Nord n'est pas une religion indigène.
Malgré un climat parfois hostile, ces trois traditions ont su coexister et s'influencer. Ainsi, pour de Groot, il n'y avait pas en Chine "3 courants spirituels séparés, voire hostiles, mais un système pan-chinois (…) à l'intérieur duquel se distinguent plusieurs courants complémentaires" (Anna Seidel). Si de Groot a mis l'accent sur cette unité, c'est précisément parce qu'il ne s'intéressait pas aux structures religieuses extrêmement organisées et élaborées mais bien aux pratiques d'une vaste majorité de la population chinoise. Les statuettes de la collection "Guimet/de Groot" témoignent de cet amalgame avec des éléments bouddhistes et taoïstes.

 


Général de l'armée céleste -
Li Xiangu, L'Immortelle Dame Li
© Muséum - Photo Patrick Ageneau

Les Dieux chinois

La conception d'un Dieu unique des religions occidentales ou celles de Dieux multiples des religions de l'antiquité classique et de l'ancien proche orient (religions polythéistes) n'ont pas d'équivalents exacts dans la pensée et la langue chinoise. Comme en témoigne le vocabulaire occidental qui propose de catégoriser des êtres "plus qu'humains" en saints, anges, spectres, esprits ou encore démons, les chinois parlent de shen, gui, luohan ("saints bouddhistes illuminés"), baxian ("immortels" taoïstes), tianjiang et yuanshai (généraux et maréchaux célestes dont la tâche est de défendre l'humanité contre les hordes démoniaques). Pour les chinois, il y a continuité entre notre monde et le monde surnaturel. La diversité des dieux chinois s'explique ainsi : les phénomènes naturels et les constellations sont personnifiés et à l'inverse, des hommes déifiés sont assimilés ou associés à des corps célestes.
 
 

 

La signification des dieux chinois

S'il arrive qu'un dieu inspire différentes légendes, une légende identique peut se rapporter à plusieurs dieux. Les divinités populaires ne sont pas confinées dans une fonction unique. Ainsi, un même dieu peut être de la guerre, des marchands et de la richesse ; la déesse des marins est aussi la protectrice des femmes en couche. Une divinité locale ou régionale sera indifféremment invoquée pour faire tomber la pluie, éloigner les épidémies, guérir les malades, chasser les démons et exorciser les mauvais esprits. Le système administratif chinois, dominé par la figure de l'Empereur, a son équivalent dans l'autre monde. Aussi, en conformité avec le caractère bureaucratique de l'au-delà, de nombreux dieux ont l'apparence de personnages officiels ou de mandarins, ce qui rend parfois leur identification difficile. Des accessoires (épée, pinceau, etc.) indiquent leur fonction. Ces êtres surnaturels et ces hommes déifiés - prêtres, moines, guerriers et hommes d'État -, ont inspiré une iconographie très variée.
 
 


Général de l'armée céleste - Détail
Xie Tianjun, Le Seigneur Celeste Xie.
© Muséum - Photo Patrick Ageneau

La présentation de la collection et des 36 généraux

Un grand nombre de "pourfendeurs" de démons sont des héros déifiés ou d'anciens démons convertis. A cet égard, un groupe de trente-six généraux ou maréchaux célestes est particulièrement remarquable. Selon la légende ou plutôt une de ses variantes, ils auraient été placés par l'Empereur Suprême du Ciel Noir à la tête des armées d'esprits qui combattent les hordes démoniaques.
Cette série "lyonnaise" de guerriers divins est d'une qualité exceptionnelle.

 
 

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