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On pourrait naïvement croire que les plantes
à fleurs sont infiniment moins complexes et évoluées que les
animaux. Cette acception est totalement fausse et plus basée
sur l'intuition populaire que sur des réalités scientifiques.
Quelques exemples vont illustrer ce propos.
Les plantes savent, comme les animaux, distinguer
le jour et la nuit, les saisons, etc. Une fois attaquées par
un pathogène, elles semblent immunisées vis-à-vis d'une
autre attaque. N'est-ce pas le signe d'une certaine mémoire
? La transmission d'une information électrique (influx nerveux)
est possible et certains auteurs vont même jusqu'à parler
de plant and intelligence ! D'aucuns pensent que plus
on a d'ADN par cellule, plus on est évolué ! Un raisonnement
identique porte sur le nombre de gènes. Qu'en est-il de l'arabette
des dames, du riz ou de la tulipe par rapport à la mouche
ou à l'Homme ?
On sait aujourd'hui que les plantes sont capables
de percevoir des signaux physiques externes (lumière, température,
gravité, toucher, etc.) grâce à toute une série de récepteurs
spécialisés qui constituent, à l'échelle moléculaire, des
formes simplifiées d'organes des sens. Elles sont aussi capables
de communiquer entre elles grâce à des signaux de plusieurs
types : certains les renseignent, par exemple, sur la présence
d'herbivores et leur permettent de mettre en jeu de manière
préventive des dispositifs de défense. D'autres sont libérés
des plantes après une agression physique (blessure, choc)
ou encore biologique (herbivore, par exemple). Dans ce dernier
cas, le message émis peut même mimer celui d'une hormone attirant
le prédateur de l'herbivore !
Une autre curiosité concerne la communication
en rapport avec la sexualité. Les plantes sont fixées par
leurs racines et ne peuvent choisir leur(s) partenaire(s)
sexuel(s). Souvent dans les fleurs, structures renfermant
les appareils sexuels, organes mâles et femelles coexistent
: c'est l'hermaphrodisme. De telles organisations auraient
dû conduire rapidement les plantes à fleurs à disparaître
de la surface du globe suite à la consanguinité et à la perte
du potentiel adaptatif lié au brassage génétique. Et pourtant,
elles ont colonisé tous les milieux et toutes les latitudes
! Au cours de l'évolution, elles ont développé un double système
de communication extrêmement sophistiqué qui permet à l'organe
femelle de reconnaître et de discriminer parmi les mâles ceux
de son espèce ; et entre les mâles d'une même espèce, de choisir
celui qui assure un brassage génétique. C'est un modèle de
reconnaissance du soi et du non soi qui fonctionne à l'inverse
du système immun et présente au niveau génétique et moléculaire
un haut degré de complexité.
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Par Christian Dumas professeur à l'École
Normale Supérieure de Lyon et à l'Institut Universitaire
de France.
Le mardi 26 novembre 2002 à
18h30 dans les locaux de l'École Normale
Supérieure de Lyon.


Illustrations
d'Étienne Trouvers. "Les champs Epiphytes, de
la peinture au multiple-artistique numérique"
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