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La rhytine (Hydrodamalis gigas) "ressemble
aux phoques par sa région antérieure, et aux baleines et dauphins
par sa région postérieure et sa queue" selon Steller, médecin
et naturaliste, membre de l'expédition qui l'a découverte.
Ce mammifère marin mesure 7 à 9 m de long. Il fut aussi nommé
vache de mer car il broutait des algues qu'il broyait
au moyen de deux plaques cornées pourvues de crêtes et de
sillons ; ces plaques étaient dénuées de dents et attachées
au palais et à la mâchoire inférieure. Il est possible que
les sirènes aient un lien avec les rhytines. Chez Homère,
il s'agissait de redoutables femmes à corps d'oiseaux; en
Europe du Nord, les sirènes étaient des femmes fatales à queue
de poisson. Des traditions nombreuses et diverses se
sont télescopées, aboutissant à une légende très composite.
Le seul point commun entre toutes les sirènes est leur caractère
marin. Des navigateurs, obnubilés par l'absence de femme dans
leur entourage des mois durant, ont pu voir dans la rhytine
(ou une espèce voisine) la sirène pisciforme. Des animaux
marins si patauds et si gras, bizarrement, peuvent véhiculer
une certaine sensualité tant par leur peau tendue, sans écailles,
que par les deux mamelles thoraciques des femelles. D'autant
que certaines d'entre elles pressent leurs petits sur leur
poitrine, en les enveloppant de leurs nageoires antérieures
pour les faire téter, attitude qui évoque fortement celle
d'une mère humaine. C'est ainsi que l'imagination des marins,
frappée à la vue de ces bêtes bien réelles, aurait, au fil
des siècles, réussi un tour de force : transformer des animaux
lourds en êtres aquatiques dangereux par leurs charmes. Ce
qu'évoque le nom du groupe auquel appartient la rhytine :
les Siréniens. Remarquable pour son lard épais et goûteux
et sa peau d'une solidité extraordinaire, qui servait à confectionner
des embarcations légères, ce mammifère marin fut l'objet d'une
chasse funeste : trente ans ont suffi aux hommes pour exterminer
cette espèce dans les Îles du Commandeur (mer de Béring) où
elle vivait.
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photo © Patrick Ageneau
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