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FIESCONTE Fiesconte, Lorenzo
di Fiesconte, Doge de Venise. Ce nom qui a marqué tout ses concitoyens
de Venise et l'Italie entière... Nous sommes en 1260, c'est le printemps
époque du célèbre bal masqué au château du Doge de Venise. Les décorateurs
préparent la grande salle qui servira de piste de danse. Les cuisiniers
sont en pleine effervescence, on prépare toutes sortes de plats inimaginables
: Paon, buffle, chamelle, du gibier... Le soir, tout est prêt. Les gentilshommes
et les dames de la cour parés de masques attendent, groupés dans la
grande salle, la venue du jeune Lorenzo. Il entre enfin suivi de sa
femme. Il porte un masque aux couleurs rouges et blanches disposées
en damier. Il lui a été donné par son grand-père comme porte-bonheur
avant de mourir. Lorenzo di Fiesconte y tient énormément et il considère
que tant qu'il le possédera, il vivra dans le bonheur et la joie. Il
est suivi par sa femme et ses valets qui portent la traîne de sa robe,
brodée de fils d'or et d'argent. Un diadème aux bijoux étincelants est
posé sur sa tête. La fête commence. Après que la jeune femme
eut abandonné sa longue traîne, le jeune couple ouvre la danse d'un
pas léger et rapide... Durant la réception, on fait venir des jongleurs,
des comédiens, des chanteurs, des oiseleurs...et un vieil homme. Il
lit dans chacun. Il peut prédire l'avenir, la mort. Quand il voit le
jeune Doge, il s'approche. Sa longue barbe blanche lui donne l'allure
d'un sorcier, son nez aquilin le profil d'un aigle. Regardant attentivement
le Doge de ses yeux perçants, il lui dit : - Tu mèneras une vie de gloire, de dignité,
de plaisirs...Mais ta mort sera douloureuse, lente et pénible, dans
le lointain, seul... 1275, un bateau fend les eaux de l'océan
Indien. C'est Lorenzo qui vogue vers son destin. Il a été nommé pour
établir une ambassade auprès de Marco Polo en Chine. Il est accompagné
de quelques soldats. La steppe du Baloutchistan, plaine déserte
et plate. Un homme y est allongé par terre. Ses habits sont en lambeaux,
ses yeux son hagards, il est perdu. C'était lui, le fier Doge. Il tient
dans sa main un objet en bronze, son masque. A travers ses yeux découpés
dans le métal, il revoit sa famille, sa femme et ses enfants, le bal.
La prédiction du vieillard le hantait...Son départ. L'ancre arrachée
à l'eau avec un crissement de chaînes mélancolique. Puis soudain, la
tempête, les flots déchaînés. L'immense ras de marée qui les avait tous
engloutis. Il se débattait dans l'eau, luttant contre les flots. Une
petite crique l'avait accueilli. Puis il avait marché, marché, toujours
marché, guettant quelque chose, un signe de vie dans ce désert plat
et sans fin. Il était assoiffé, brûlé par le soleil. Tout cela, il s'en souvient. Il sent que
sa fin est proche. Malgré tout, il est heureux car il ne mourra pas
seul. Ce morceau de bronze qu'il tient encore entre ses mains crispées,
il l'avait gardé sur lui au prix de maints efforts. Il représentait
tout pour lui. Son enfance quand il jouait avec ses frères et sœurs,
dorlotés par leur mère. Sa vie en famille, sa femme... II est heureux, car s'il lui faut mourir,
il mourra dans ses souvenirs, dans ses rêves. Pourra-t-il surv ivre ? Un espoir minuscule face à la grandeur immense du désert. Et il serre sonmasque entre ses mains décharnées,
il serre son espoir, son porte-bonheur, sa consolation qu'il avait sauvé
des eaux durant la tempête. Une caravane de marchands avançait péniblement
dans le désert. Les bêtes avaient soif, les hommes avaient faim...Le
chef de la troupe scrutait de ses yeux l'immensité du désert, quand
soudain, un détail attira son attention : un point rouge. C'était le
masque, les rayons du soleil le rendaient étincelant. On retrouva le
corps du Doge. Il était couché sur le dos. Ses yeux étaient tournés
vers l'immensité du ciel. Ses mains croisées au-dessus de son cœur serraient
cet objet flamboyant son visage creusé par les rides et la maigreur
était imprégné d'un sourire serein. Il fut enterré avec son masque par
les marchands dans une oasis, entouré de végétation verdoyante et de
fleurs. |