Lucie

5e2

BAMBATA

 

Bambata !...Ce mot résonnait dans ma tête. Mon père avait voulu me faire avaler des sornettes à propos d'une malédiction qui frapperait les membres de notre famille le jour anniversaire de leurs quarante-neuf ans. Selon lui, cela remontait à plus d'un siècle, un de nos ancêtres avait entrepris un voyage dans la haute Vallée des Andes boliviennes. Là-bas, il fit connaissance avec une tribu d'indiens qui l'hébergea un long moment. Il découvrit que les indiens possédaient untrésor secret : dans une grotte humide, ils gardaient précieusement une boîte richement décorée ; croyant que c'était de l'or, mon arrière-arrière grand-père vola la boîte et se sauva pendant la nuit. De retour chez lui en Normandie, dans la même maison familiale où habiterait plus tard mon père, il allait enfin découvrir son trésor. Après de nombreux essais, le couvercle finit par céder, et ??? On ne sût jamais ce qui se passa ensuite, et ce que contenait la boîte avait disparu. En tous cas, on le retrouva raide mort au milieu de divers objets sans intérêt.

 

Je songeais à tous ces événements dix ans plus tard, j'avais alors quarante-huit ans. Je n'habitais pas cette maison, elle me faisait peur. Mon père y était décédé le jour de son anniversaire, il avait juste quarante-neuf ans. Il devait y avoir quelque chose de bizarre dans cette demeure, et cette malédiction me tourmentait. Je décidai de surmonter mon angoisse.

 

Je me trouve devant cette haute bâtisse, sombre, sinistre et abandonnée. Soudain, j'entends du bruit qui provient de l'intérieur. Je me fige, mon sang se glace. Est-ce simplement un gamin qui fait une farce ou un cambrioleur ? Je décide d'entrer. La maison est plongée dans la pénombre. Je pénètre dans la bibliothèque, une pièce où s'entassent des centaines de vieux bouquins jamais lus. Un bruit de pas furtifs perce le silence de la pièce voisine : le bureau. C'est une vaste salle où s'alignent de grandes étagères poussiéreuses remplies de collections de fossiles, de papillons, d'oiseaux empaillés... Au milieu de la salle trône un bureau recouvert de hautes piles de paperasses. Le cambrioleur est là, le dos tourné, très occupé à fouiller les étagères.

-«Il faut agir au plus vite ! me dis-je. Allez : un, deux, trois !»

Je me jette sur l'homme, l'attrape par le cou et le plaque contre le sol. Au passage, je remarque qu'il a le teint cuivré d'un indien et de longs cheveux noirs. Je lui demande d'un ton menaçant:

 

- « Qui es-tu ? Que fais-tu là ?

 

- Je m'appelle Tiikadi ; je suis le descendant de la tribu indienne des Bambata à qui un ancien propriétaire de cette maison a volé le crabe sacré, débita-t-il d'une seule traite.

 

- Et pourquoi veux-tu ce crabe avec tant d'obstination?

 

- Cet objet sacré est un fossile de crabe qui appartient à notre tribu depuis toujours. Il a des pouvoirs surnaturels qui peuvent être très dangereux ou, au contraire, très bénéfiques. Seuls nos sorciers savent le maîtriser pour nous garantir la paix et le bonheur.»

 

Je le lâche tout à coup comprenant... C'est donc ça, la raison de tous ces malheurs qui se sont abattus sur ma famille... Qui se serait douté que cet objet si précieux que notre ancêtre avait ramené était ce banal fossile oublié sous la poussière sur une étagère de la bibliothèque...Le soir même, j'accompagnai Tiikadi à l'aéroport. Je l'observai jusqu'à ce qu'il monte dans l'avion, serrant contre lui ce crabe qui n'aurait jamais dû venir jusqu'ici.

 

Demain, j'aurai quarante-neuf ans.